Carnet de voyage

Ubi sumus ? O tempora, quid et pompilum.

Nous voici le 16.10 de l’an de grâce 2020. Notre barque a pris (un peu) l’eau. Le second départ que nous espérâmes en fanfare, que notre vanité nous a fait comparer à la chevauchée des Walkyries magistralement mise en scène par Coppola, s’est terminé en un modeste mélange confus et discordant de voix et de sons : en cacophonie. Alors oui, nous devons l’admettre, oui, nous avons dû à nouveau nous arrêter dans un grand fracas de casseroles, de gémissements, de ouille-ouille-ouille, aïe-aïe-aïe, clong, clink et cætera et cætera. A cette obligation de nous arrêter, se sont agglutinées à nos sabots les nouvelles nauséabondes et turpitudes de notre temps : mutilation de chevaux, foudres de Jupiter, résurgence des frontières, attaque des indiens, hold-up des Daltons, mise au régime d’Obélix et cætera et cætera.

Tandis que le soleil fait nos ailes grésiller, nos espoirs d’atteindre la lune semblent s’éloigner.

La cause principale de cet arrêt de 9 jours fût le dos d’Amoer. Son tapis était en néoprène, matière s’avérant parfois – et souvent d’ailleurs – être insupportable pour nos amis quadripèdes. En ce qui concerne Amoer, ce tapis a créé des frictions entre la selle et son dos. Et paf le chien ! Mais rassurez-vous, la plaie s’est aujourd’hui presque résorbée. Nous devons repartir incessamment sous peu : avec un nouveau tapis et un pare-sueur tous deux de la marque Guichard.

Mais que s’est-il passé durant tout ce temps ? Retournons quelques chapitres en arrière.


Après avoir quitté le gîte du Pont-Prin, Kitkat a revêtu les habits de chevalier pour se transformer en Dona Quichotta tandis que Grisha a revêtu ceux de Jacquouille. Et c’est ainsi qu’ils ont suivi la Route des Moulins de la baie du Mont Saint Michel : la première sur le dos d’Amoer pour cause d’ampoules aux pieds l’empêchant de marcher, le second à pied aux côtés de Brutus pour cause de blessure à la sangle l’empêchant de monter. Madame Boutier est repassée nous voir en voiture ce qui nous a extrêmement touché. Nous en avons profité pour manger des huîtres et lever le coude à la santé du Général. Nous avons bivouaqué dans un champ de pommiers prêté par un adorable couple. Comme le dit si bien Emile Brager, après des journées difficiles la tente devient un havre de paix. Aux douze coups de minuit, Rinaldi est venu par monts et par vaux nous ramener une nouvelle sangle pour Brutus. Plus sympa, tu meurs.

Le lendemain matin, après avoir mangé des pommes et des œufs durs offerts par la maison – oeufs durs qu’un clébard nous a chourav en louzdé ensuite, nous avons repris la route jusqu’à la magnifique Chapelle Sainte Anne. Le soir de la tempête Alex nous avons dû laisser nos chevaux à l’abri dans des écuries aux propriétaires peu sympathiques et une sorte de capitaine Haddock nous a ouvert ses portes pour le gîte et le couvert. A 8 heures du matin celui-ci nous offrait un petit déjeuner de roi face à l’estran avec son verre de blanc la main.

Reposés et la peau du ventre bien tendue, nous avons repris la route vers le Mont Saint Michel. Nous y sommes arrivés le soir et avons pu dormir chez la fée Magriet. Nos chevaux se sont reposés chez Fabrice, le tzigane du coin, gérant des calèches Transdev du Mont. Magriet a fait péter le champagne, Fabrice a fait péter les chouffes, les chevaux ont fait péter le grillage, on s’est fait péter le bide : un beau feu d’artifice. Le lendemain, à nouveau reposés et la peau du ventre méga tendue, nous avons repris la route : nous avons traversé le barrage du Couesnon, bouté les normands hors du Mont pour le rendre aux descendants de la Duchesse, cavalé au milieu des moutons du Pré-salé, pataugé entre les criches pour enfin arriver chez Hervé. Hervé le cow-boy, bourlingueur de la première heure, colonel du régiment de dragons légers de l’Empereur, dresseur des chevaux célestes.

Hervé nous a ouvert ses portes lui aussi. Et comment ! Nous avons bu le cidre maison, mangé comme des chancres, a nouveau dormi dans un lit, le panard. Comme quoi, la vie de vagabond, elle a du bon. Le matin suivant, Hervé nous a aidé sur notre itinéraire et nous a raccompagné sur un grand bout de voie verte à cheval lui aussi en nous proposant de nous ramener nos affaires le soir en voiture afin d’alléger nos chevaux.


Et c’est ainsi qu’après avoir déjeuné chez la gentillesse incarnée en la personne de Mireille que nous sommes arrivés à Avranches chez notre ange gardien Rinaldi – Kitkat boîtant, Grisha grelotant de fièvre et les deux chevaux trainant la patte. Depuis plus d’une semaine nous voici en « colocation », dans un havre de paix, grande maison autour de laquelle paissent et se reposent les chevaux. Rinaldi, maître Jedi, nous offre plus que généreusement le gîte, nous enseigne les techniques de la randonnée à cheval et nous aide à confectionner encore plus notre matériel – nous nous sommes limités à un seul sous-vêtement de rechange, c’est vous dire ! Nous avons préparé notre itinéraire au km près jusqu’à Lyon (Le Mans – Orléans – parc du Morvan – Pérouges – Lyon : 950 bornes et des brouettes). Enfin, cela nous a permis de créer notre association et d’en ouvrir un compte bancaire. Aujourd’hui, nous nous sommes rendus chez le vétérinaire et – ô joie ! – celui-ci nous a donné le top départ. Nous réembarquons mardi !

Qu’on ne vienne plus colporter que les français ne sont pas accueillants.
Grâce à toutes ces personnes, nous ne perdons pas espoir.
Toutes ces rencontres nous encouragent et l’envie est revenue de chanter !
Rêver, rire, ne pas être seul, passer, être libre,
Avoir l’œil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaît, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, — ou faire un vers
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
A tel voyage, auquel on pense, dans la lune !

1 commentaire

  1. Merci ! plaisir également partagé de vous accueillir . Discret , gentil et plein d’empathie , que du bonheur ! 🥰

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