Carnet de voyage

D’oasis en oasis

Notre deux-chevaux a fait du chemin ! Les premières gelées sont là. Après l’Orne, c’est la Sarthe puis le Loir-et-Cher. Tous pour les rillettes et les rillettes pour tous ! D’ailleurs, cette année le record du plus grand sandwich a été battu à Tours : plus de 74 mètres de mie tartinée. L’intérêt du concept reste à confirmer. M’enfin, comme dirait Gaston, quand il s’agit de nourriture, ça ne rigole plus.


Partout sur notre chemin, les passants, les enfants et les automobilistes nous manifestent leur soutien par des pouces levés, des V de la victoire et des sourires. Nous sommes reçus comme une bouffée d’espoir en ces temps où nous en avons tous besoin. Nos arrêts dans les villes et villages créent des attroupements. Les questions fusent, les flashs scintillent, les bravos crépitent. Nous croulons sous les encouragements et la bienveillance des français. Cela réchauffe le cœur et l’âme.

Après avoir quitté les Bichettes, nous avons entamé l’ascension du Mont des Avaloirs. Celui-ci marque la fin de la chaîne armoricaine. « Nous avons quitté not’ femme, not’ fils et not’ domaine. Dans la vallée yolo, nous croyons entendre des échos… ». Ça y est, la patrie de la Duchesse Anne est définitivement derrière nous. Heureuse coïncidence, le soir même nous établissons le camp à l’orée du bois sous un préau face à la chapelle Sainte Anne. Nos chevaux se reposent dans un parc à bestiaux servant depuis des siècles pour les foires. Le voisin nous sert du « pétrole » pour que nous nous réchauffions le gosier. Le feu est allumé, nous préparons une raclette artisanale avec les moyens du bord. C’est un franc succès.

Le lendemain, arrivée à Saint Cénéri-le-Gerei sous une pluie battante et pénétrante jusqu’à la moelle. Un vieux monsieur aimant à se donner le titre de vagabond nous guide dans ce plus beau village de France. Il nous donne quelques judicieux conseils pour éviter les chemins trop ardus menant à Saint Léonard des Bois que la Sarthe traverse entre deux énormes falaises. Grâce à ces sages paroles, nous avons la chance de rencontrer Patricia et ses amis quadrupèdes qui nous ouvrent les portes de leur charmante maison jouxtant la chapelle Saint Laurent. De nos vêtements pendus devant le poêle l’eau ruisselle jusqu’à créer des flaques. Après un repas chaud, nous nous empressons de nous couler entre les bras de Morphée.

Le jour suivant, la traversée des Alpes Mancelles se déroule à merveille, Souvorov peut être fier de nous ! C’est au tour de Claude et Catherine de nous accueillir dans leur ancienne asinerie.

Eux aussi ont décidé de tout plaquer et comptent partir explorer les contrées lointaines en van. L’accueil est encore une fois exceptionnel.

Notre semaine se termine en beauté. Les fermiers de Fresnais-sur-Sarthe nous ont permis de crécher dans un abri insolite : une cabane à veaux paillée pour nous isoler du froid montant du sol. Nous dormons tous les quatre dans le même champ, les chevaux gardant un œil sur nous plutôt que l’inverse. Ils broutent et ronflent dans notre oreille. Nous sommes rassurés.

Dimanche fût une journée de pause au chalet, chez un apiculteur. Au menu : kebab. Car nous sommes des ran-döner kebab.

Lundi nous avons mis cap sur Vendôme-Blois pour une semaine de bivouac. Nous avons de nouveau délaissé nos habitudes citadines pour dormir sous la tente à côté de l’étable ou vêlaient quelques vaches et où une dizaine de chatons sautillaient gaiement sur la tête de leur progéniture. A l’aube, après avoir englouti les croissants et pains au chocolat offerts par nos hôtes, nous avons sauté sur nos selles.

Des champs à perte de vue. Le bocage inexistant. Aucune forêt. La désolation du paysage nous pinça le cœur. Nous étions entrés dans le royaume de l’agriculture intensive… Ô Orne, où es-tu ? La fin de la journée sera sauvée par notre traversée de Nogent-le-Bernard.

L’accueil des habitants de ce village restera gravé dans le marbre. Le campement fut établi dans une pommeraie. Un délicieux boudin blanc fait maison arrosé par un pot au feu nous a été offert par un couple pétillant de vie. La nuit sous la tente fut bonne malgré un mercure s’étant fait la malle sous la barre du zéro. Au réveil l’eau de nos vaillants destriers avait gelé. L’un de nos téléphones ayant lâchement déclaré forfait, la gentille Julie nous en offrit un. Nous sommes restés les bras ballants devant tant d’attention. Après un copieux petit déjeuner en famille, nous reprîmes la route.

Mais une fois de plus, l’agriculture intensive de la Sarthe nous sapa le moral pour la journée. Nous bivouaquerons dans « La Prairie », vaste étendue d’herbe que le lendemain matin Grisha assimila à la steppe et où il crût bon lâcher les chevaux afin de les changer d’herbage. Drame. Cataclysme. Déchainement des furies : les chevaux filent à l’anglaise. Après une course effrénée sur deux kilomètres, les fugitifs sont arrêtés par un vétérinaire. Cet adepte du Tue-mouche providentiellement de passage car venu tirer le portrait d’oiseaux, n’était autre que l’incarnation de Bellérophon qui en Lycie sous les heureux auspices des Dieux dompta Pégase, roi des chevaux. Le Ciel nous envoya alors une seconde nuée d’anges gardiens, les cavaliers du haras de la Pelois. Face à cette armée céleste, les évadés durent se soumettre. Les jambes tremblotantes nous avons ramené les vaincus sous forte escorte au haras.

Un nouveau déluge de générosité nous submergea. L’équipe du haras nous ouvrit ses bras et ses portes, déversant sur nous un flot de bienveillance : un lit chaud, une douche chaude, une soirée à rire à s’en faire mal aux zygomatiques. Comble du bonheur, Amoer et Brutus furent massés par Agathe, physiothérapeute réputée dans la région.

Le week-end qui suivit ne pourra être décrit tant nos hôtes nous ont choyés. Les Chéron et Olivier, accompagnés du « club des retraités », nous ont donné la sensation d’être des leurs. Ils nous ont permis de découvrir le monde des aviculteurs de Loué. Chers amis, merci du fond du cœur. Comme promis, du fait de notre victoire, nous vous enverrons notre adresse postale pour la livraison du baby.

Notre itinéraire nous a ensuite menés vers les châteaux de la Loire. Et c’est ainsi que nous nous sommes promenés dans le Blois pendant que l’Covid n’y était pas et où nous avons festoyé avec un vieux frère : Jiboulax, alias « Pajalousta« . À Chambord succéda la Sologne ou grouillent par milliers les plats préférés d’Obélix.

La semaine se termina sous le toit de la famille de Cheyenne. Après une soirée sous les signes de l’hospitalité et de la franche rigolade chez ces représentants du Freebooters MC, nous leur avons confié nos dadous pour les fêtes. L’aventure reprendra le 1er janvier.


Alors que dire ? Merci ? Il semble qu’aucun mot ne puisse traduire notre gratitude envers toutes ces personnes rencontrées durant ces trois mois. Tous les jours nous avons été comblés de messages de soutien, de générosité et d’encouragement. Tous les jours nous attendions avec impatience le crépuscule qui devenait alors un moment privilégié pour découvrir de belles personnes. Tous les jours nous avons été convaincus davantage de la convivialité sans bornes de cette admirable France rurale dont on ne parle pas assez, de cette magnifique France qui ne cesse d’être critiquée à tort, de cette sublime France qui regorge de trésors pouvant rendre verts de jalousie tous les pays exotiques où nous nous ruons en troupeaux durant nos congés.

Oui, c’est un voyage magnifique ! En ces temps difficiles, à la poursuite de notre étoile, nous avons cheminé d’oasis de bonté en oasis de gentillesse. Peut-être que cette chance est due à notre naïveté et à nos visages que l’on dit enfantins ? Mais faisons foin de toutes ces questions et vivons ! Vivons à fond ! Allons vers l’autre et donnons-lui tout ce que nous avons de meilleur.

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