On en parle...

Ouest-France, publié le 23/12/2020

Partis de Fréhel en Bretagne pour rallier la Russie, Grégoire et Kathleen, 29 et 28 ans, ont le projet fou de parcourir 6000 km à cheval. Dans leurs bagages, une cause humanitaire, puisqu’ils collectent des fonds pour l’association irlandaise « To Children with love » qui vient en aide aux orphelins russes. C’était sans compter sur l’échappée de leurs chevaux, Amoer et Brutus, jeudi, sur la nationale!

Un épisode Fertois rocambolesque.

Nous sommes jeudi matin, le 10 décembre 2020, et les deux cavaliers campent à « La Prairie », à deux pas du plan d’eau de La Ferté, quand leurs chevaux, Amoer (prononcez Amour) et Brutus sautent la clôture mobile que Grégoire et Kathleen leur ont installée et s’élancent sur la nationale. « C’est la panique », se souvient Grégoire. Le couple se lance à leur poursuite.

Par hasard, Fabrice Jallu, vétérinaire à Vibraye, croise leur route et les embarque dans son véhicule sur les traces des deux fuyards. Les chevaux parcourent environ deux kilomètres puis bifurquent, sans doute attirés par l’odeur de leurs congénères, en direction du Haras de la Pelois, à Saint-Martin-des-Monts. Les propriétaires du haras, Mathis et Camille, aperçoivent les chevaux et sautent dans leurs véhicules pour faire barrage à leur course folle.

Tout s’est passé très vite. « Nous avons eu beaucoup de chance », reconnaissent Grégoire et Kathleen. Les cavaliers et leurs chevaux sont accueillis et choyés au haras de la Pelois. Agathe, masseur équin, prodigue des soins à Amoer et Brutus. Les chevaux en ont besoin, car le chargement qu’ils transportent a causé de petites écorchures et fragilisé leur peau. Alice Cheron, 18 ans, élève en section professionnelle équine, qui travaille au haras, convainc rapidement ses parents de les accueillir ensuite pour le week-end dans leur ferme de Lavaré!

Une aventure humaine hors du commun.

« Quand on est en face-à-face », commente Grégoire, « la solidarité arrive directement ». Et les deux cavaliers ont pu l’éprouver dans les 300 km qu’ils ont déjà parcourus, puisque le second confinement lié à l’épidémie de covid-19 les a stoppés à peine un mois et demi après leur départ le 11 septembre de Fréhel.

« Nous avons été accueillis, logés et nourris 39 jours dans la ferme de la touche à Domfront en Poiraie dans l’Orne. En échange, nous les avons aidés de notre mieux quelques heures par jour sur leur exploitation », raconte Kathleen, « le départ s’est fait dans les larmes. Nous ne les oublierons jamais » et Grégoire d’ajouter : « depuis notre départ, nous avons rencontré tant de personnes formidables en France… Tous restent gravés dans notre mémoire et notre cœur ».

Une expérience humaine qui se fait « en premier lieu, grâce aux chevaux », souligne Grégoire. « Ils sont le sésame de notre voyage. Devant eux, toutes les portes s’ouvrent ». Grégoire, fraîchement diplômé du barreau et Kathleen en commerce international, découvrent dans les exploitations qui les accueillent des personnes, métiers et savoir-faire qu’ils n’étaient pas destinés à connaître. Et ils adorent!

Genèse d’une chevauchée fantastique.

« J’ai toujours été plus intéressé par le rapport à l’animal que par la compétition », confie Kathleen, cavalière depuis l’âge de 8 ans. Grégoire a fait un peu de cheval dans sa jeunesse : « j’ai mon deuxième galop », s’amuse-t-il, mais c’est à la faveur d’un Volontariat International en Entreprise au Turkménistan, « jardin d’Eden des magnifiques et gracieux akhal-tekes, dotés d’une robe aux reflets métalliques » qu’il renoue avec sa passion pour l’équitation. Là-bas, il a pu chevaucher chaque jour ces « chevaux du ciel » dans le désert du Karakoum. Leur premier projet stoppé par le premier confinement était un voyage en Asie. Puis, cette traversée à travers les terres slaves que Grégoire affectionne (il a participé à la restauration du monastère sur les îles Solovki, archipel au nord-ouest de la Russie dans la mer Blanche), s’est imposée cet été, naturellement. Amoer et Brutus ont été achetés en août aux Pays-Bas… Et le départ a suivi très vite.

Un périple encore plein de surprises.

Les cavaliers, qui n’en sont qu’au début de leur périple, espèrent que la cause humanitaire pour laquelle ils chevauchent leur vaudra la clémence des autorités russes à la frontière. « Entrer avec des animaux n’est pas toujours aisé… Mais ressortir du territoire russe l’est encore moins », précise Grégoire. Et pas question bien sûr d’abandonner leurs compagnons. Une aventure au long cours qui continue, à suivre pas un pas sur leur blog où ils relatent à tour de rôle chaque étape de ce grand voyage hors du commun.

Amoer et Brutus, les inséparables.

Ces magnifiques chevaux blancs, nés respectivement en 2005 et 2003, aux Pays-Bas et en Hongrie, mesurent 1 mètre 66 et 1 m 65 au garrot. Ce sont d’anciens chevaux d’attelage, mâles, castrés (hongres). Ils sont aujourd’hui inséparables au point qu’il est impossible d’en emmener l’un à la douche sans l’autre. Les chevaux peuvent vivre jusqu’à 30 ans et rester très actifs jusqu’à facilement 24 ans pour certains. Grégoire et Kathleen les ménagent. 20 km en moyenne par jour, pas de saut d’obstacle ou d’effort intense, et, dans leurs bagages, compléments alimentaires et produits de soin offerts par leurs amis de la Pelois.

Une chevauchée, une cause.

C’est Kathleen, dont le papa et irlandais, qui rencontre par hasard Debbie, près de Moscou. Elle est la directrice d’une association de Dublin, « To Children With Love » qui œuvre depuis plus de 20 ans pour venir en aide aux orphelins russes en les accompagnant depuis leur arrivée à l’orphelinat jusqu’à leur insertion professionnelle. « Nous avons décidé de prendre part, à notre manière, à cette belle initiative en créant une cagnotte dont les fonds seront entièrement reversés à l’association », racontent Kathleen et Grégoire, qui n’acceptaient pas l’idée de faire ce voyage pour leur seul et unique bénéfice.

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