Carnet de voyage

L’école de la vie

Toutes les personnes que nous croisons affirment que l’opportunité d’un tel voyage se présente une seule fois durant notre très éphémère passage sur terre et qu’une telle aventure constitue la meilleure école qui soit, celle de la vie!

Notre école n’est buissonnière qu’en apparence. L’enseignement prodigué est solide et precieux ! La classe se fait dans les pâturages, les bois et les forêt et nos professeurs sont les paysans, les agriculteurs, les éleveurs, les ouvriers, les artisans et les propriétaires terriens. Pas d’estrade enarchique avec eux qui sont riches d’une expérience séculaire ! Ils ont les pieds dans le bon sens, à même les mottes et l’humus. Chaque jour nous en apprenons davantage sur la nature, les plantes et fleurs sauvages, les étoiles, le cheval, les saisons, l’élevage et tant de choses encore. Nos trois matières favorites sont la France rurale, l’écologie et les modes de vie alternatifs.

Dans cette école, nous avons troqué nos blouses de rats des villes contre celles des rats des champs. Quatre mois déjà que nous avons quitté la grisaille des cités pour l’éclat des villages. Si nous avons tous deux grandi dans des petits hameaux isolés, de par les mystères de l’existence, nous ne nous étions jamais plongés dans cet univers comme aujourd’hui. Depuis que nous sommes tout à fait dans le bain, nous déployons nos nageoires et écarquillons les yeux. Les régions que nous traversons sont souvent dites « sinistrées ». D’aucuns parlent même d’une « diagonale du vide », cette route que nous suivons depuis la Bretagne pour rejoindre le Sud-Est. Alors oui, c’est un fait : cette zone subit l’exode rural, la démographie négative, le désert médical, un taux de chômage plus élevé qu’en ville, etc. Cependant, cette réalité est heureusement janusienne. Son autre visage est celui de l’entre-aide : chaque village où nous nous arrêtons en possède le sourire.

Lorsque nous nous sommes arrêtés pour les fêtes de fin d’année, c’est la communauté de Cheyenne, descendante de marchands ambulants internée au camp de Jargeau en 1943, qui nous a reçus. Nous ne la connaissions ni d’Eve, ni d’Adam et pourtant cette famille nous a choyés comme ses propres enfants. Nous avons eu le privilège d’être invités à sa table et de nous y sentir comme chez nous, assis entre les grands-pères et les grands-mères, les tantes et les oncles, à nous fendre la poire. Les déjeuners et dîners étaient organisés « à la bonne franquette » : tablées recouvertes de montagnes de fruits de mer entre lesquelles ruisselaient des fleuves de bière bordés de forêts de bûches de noël et où voguaient galères de gâteaux et frégates de poulardes toutes plumes dehors. Cette famille faisait partie de plusieurs communautés : tout d’abord la sienne. Chacun venait donner des coups de mains aux uns et aux autres. Une famille soudée. Et puis celle des motards : du FAMC, dont fait encore partie le grand-père de Cheyenne, motard né, chevalier des temps modernes qui nous a éblouis par toutes ses aventures.


Aujourd’hui, c’est au sein d’une nouvelle communauté que nous nous ressourçons. A défaut de celle del Papel, c’est à la Casa del Sol où nous avons trouvé refuge. Car malheureusement, un champignon en a fait de même sur le dos d’Amoer, donnant naissance à une charmante petite dermatophilose. Mais, rassurez-vous, tout va bien! Le poil a bien repoussé, nous attendons seulement que le temps soit un peu plus clément avec nous pour ressauter en selle.

Mais revenons à notre Casa. Située entre la Sologne et le Berry à Vierzon dite « la rouge », ville autrefois prospère de par sa position stratégique sur la frontière entre les zones libre et occupée, cette longère habitée par un couple de retraités naturalistes nous a ouvert ses portes. Nous y woofons. Alors nous continuons à noircir les pages de nos cahiers car Marie-Jo et Jean-Claude nous enseignent l’art de la botanique : au fond du jardin poussent l’absinthe, la rue (plante autrefois utilisée à des fins abortives), la mâche, la menthe, les palissons, etc. Au-delà de la communauté des woofers, nos hôtes férus de belote – matière dans laquelle les élèves ont largement dépassé les maîtres – font partie d’une multitude d’associations dont l’énumération ici serait bien trop longue. Tous les jours – comme à toutes nos étapes jusqu’ici – des personnes viennent dîner ou déjeuner avec eux : le facteur, le maréchal-ferrant, le vieux pote Raoul (imitant à merveille l’accent du coing), etc.

En définitive, nous avons découvert, dans les bois et les sous-bois, dans le sein de cette douce France, une vie bien organisée, bien structurée, une vie n’ayant rien à envier aux villes. Au contraire! A l’inverse de celles-ci où nous constatons plus un « vivre à côté », ici est prêché le véritable « vivre fraternel ». Les rencontres se font tous les jours. Tous cherchent à se rassembler car unis par un désir commun : améliorer le quotidien de chacun. Tous se donnent corps et âmes pour atteindre ce but. C’est ainsi que naissent bars et magasins alternatifs, tiers lieux, salles de musiques, etc. Marie-Jo nous a ainsi fait découvrir dans le petit café associatif de Vierzon, l’épicerie participative « les fourmis vierzonnaises » dont elle est l’une des fondatrices. Le principe est simple : chaque adhérent donne un peu de son temps pour faire vivre cette épicerie aux produits exclusivement locaux et bio.

Également, cet état d’esprit nous a permis de participer à la restauration d’une vigne composée de divers cépages, vieille de plus d’un demi siècle à Vignoux en Barangeon. 1.400 mètres de vignes nettoyées et taillées par un groupe de joyeux lurons sous la houlette de Maroussia. Cette jeune trentenaire vendant son vin à l’une des plus grandes enseignes moscovites, nous a enseigné l’art de la taille et de la production de pinard. Nous avons ainsi pu découvrir une variété de cépage hybride : le noah. Tirant son nom de Noé, le père mythique de la vigne, il fut interdit pour raison sanitaire entre 1935 et 2003 car il avait la réputation de rendre fou et aveugle. Il possède une grande résistance aux maladies, un développement et une fructification étonnantes. Brigitte, la propriétaire du lieu, et Marie-Jo, en fidèles héritières de Gargamel, nous ont remerciés gracieusement par un copieux repas où la bonne ambiance était au rendez-vous.


La fin de notre woofing approchant, nous prévoyons de mettre le cap sur Sancerre puis le Morvan. En attendant, nous continuons à savourer le Berry, parcourant les trésors de cette douce France, pays de notre enfance : les grands noirs du Berry, la galette à la pomme de terre, le fromage de chèvre, le Quincy, l’observatoire du cosmos de la forêt de Sologne inauguré par De Gaulle, l’église Saint-Aignan de Brinay et ses fresques du XI siècle y montrant les saisons et notamment le mois de mai – mois du cavalier, la cathédrale de Bourges et sa tour des beurriers…

1 commentaire

  1. Bonsoir! superbes, les photos sont superbes, les visages extraordinaires! il y a de quoi faire pour voyager et rêver en ces moments où l’on en a tous bien besoin. Merci bernard

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