Carnet de voyage

Berry, Bourgogne, Beaujolais, balade en 3B

Berry

Banlieue de Bourges, ô Vierzon, pour toi ce poème, Brève y fut l’heureuse sédentarisation, Belle y fut notre vie de joyeux patachons. Brutal retour à notre vie de bohème.

Bigre, quelle merveille que ce pays berrichon ?! Beau souvenir en guise d’un dernier au revoir, Bouteille de propolis et calva du terroir, Boris l’apiculteur, tel fut pour nous son don.

Bûchant sur l’histoire des fiers cosaques de France, Bavarder avec nous quatre est venue Nicole. Bellegarde, d’où elle a pris son envol, Bourg des « rosiéristes » qui en font l’opulence.

Bâtant nos très fidèles et courageux chevaux, Braver l’inconnu nous sommes repartis vers l’Est. Bivouaquer de nouveau sous la voûte céleste. Bicyclette, tel fut l’étalon de Marie-Jo.

Blin! Vierzon est venu le jour de te quitter, Brigitte, merci pour ta confiture de fraise, Bonbon qui aura su nous mettre à l’aise-breizh. Brel ton portrait sur les murs nous aura marqué!

Bourg de la Borne, parmi tes fours et tes potiers, Bienveillant Serge devint not’ bon samaritain. Boulanger, tel fut pour une nuit not’ voisin. Bref!!!! Tout écrire en B est assez compliqué!

Et donc! Dans ce village nous nous sommes procurés toutes sortes de bols et de petites bolinettes chez Bottani. Après un petit déjeuner ramené par Marie-Jo et Jean-Claude, à travers champs et collines nous nous sommes frayés un chemin vers Sancerre dont nous avons goûté les bières et bien sûr le vin. C’est dans cette ville qu’a commencé notre longue et inexorable route des vins. Nous y avons rencontré un vétéran de la Garde Républicaine, ancien collègue de l’un de nos amis normand Alex Thoury, autrefois maréchal ferrant de ce corps d’élite.

Nous avons eu la chance de nous restaurer quelques jours dans une immense longère appartenant aux cousins d’un ami berrichon. Depuis les fenêtres de cette immense demeure, nous avons vu à l’aube une dizaine de biches brouter paisiblement. En plus des vins, nous nous sommes délectés des fameux crottins de chèvre de Pont Aubry.

Après avoir quitté cet oasis, nous avons mis le cap sur Donzy, laissant derrière nous ce cher Berry tout en gravant dans nos esprits sa si belle devise : « à coeur vaillant, rien n’est impossible ».

Bourgogne

Cette nouvelle région a été l’une de nos étapes préférées. On y trouve tous les types de paysages français : le bocage, les pâturages, les vignes, les forêts, les « montagnes », les châteaux et les villages à flanc de falaise. Labourée par l’Histoire, cette partie du territoire français est fascinante.

Le flot des rencontres a bien sûr continué à nous submerger. La première fut celle de Catherine à la Bretonnière. Elle est venue nous couvrir de mets délicieux et nous raconter des histoires passionnantes de cavaliers au long court autour d’un feu de camp. Passionnée par les chevaux Kabardes peuplant le Caucase russe, cette femme courageuse participe depuis plusieurs années à la sauvegarde de ces animaux et pour cela les introduit en France. Sa générosité et sa bonté nous ont frappés. Grâce à elle nous avons pu constater que le monde des cavaliers au long court est assez petit. Tous se connaissent de près ou de loin.

Le long de la route des mariniers de la Loire – transporteurs vers le Sud de marchandises, notamment de vin, contrairement aux flotteurs de bois qui depuis Clamcy sur l’Yonne faisaient remonter le bois vers le Nord, à Paris, pour chauffer la capitale – ce sont les Hanemians, descendants des arméniens ayant fui les pogromes turcs ordonnés par le Grand « Saigneur » à la fin du XIXième siècle, qui nous ont accueillis. Quelle fut leur spontanéité et leur accueil ?! Nous en sommes restés bouche bée. Après une excellente soirée irriguée par du cognac arménien, Thierry nous a raccompagnés à pied sur plusieurs kilomètres.

Nous avions rendez-vous chez une amie des Hanemians, Blandine. Nous avons dû avancer à marche forcée. Enfin, non. Rectifions. Nous avons plutôt voulu avancer de la sorte car au bout des 39 kilomètres nous savions qu’un lit chaud nous attendait ainsi qu’un endroit au sec avec de la nourriture à profusion pour les chevaux. Il faut souligner ici un point important : le fait de se fixer des points de chute peut être à double tranchant. En effet, cela ancre dans la tête l’idée que nous pourrons dormir au chaud et que le chevaux seront bichonnés. Donc on fonce. Par contre, cela impose un rythme qui peut s’avérer trop soutenu. Donc on souffre.

C’est aux portes du Morvan que nous nous sommes ensuite arrêtés, à Vezelay. A l’orée d’une forêt dont nous sommes sortis au galop est apparue devant nous cette colline où trône la majestueuse basilique abritant les reliques de Sainte Marie Madeleine. Nous nous reposons chez le Père Stephen, prêtre orthodoxe habitant aux pieds de la basilique. Tous les matins et tous les soirs il assurera un office dans une chapelle aux fresques splendides. Frère Mathéo de l’Ordre de Jerusalem nous fait visiter la basilique et nous conte son histoire et son architecture. Il est assez rigolo de constater que sur l’un des piliers, Eve ne tend pas une pomme à Adam mais une grappe de raisin, petit clin d’oeil aux moines paillards Bourguignons. Egalement, l’un des douze piliers surplombant l’autel est carré. Il représente Judas l’Iscariote.

A travers les fenêtres de la maison de père Stephen nous voyons tous les matins et tous les soirs, lorsque les cloches sonnent, les frères et sœurs de l’Ordre de Jerusalem se rendent aux mâtines et aux vêpres. Quant à nos deux compagnons aux quatre pattes, leur repos sera assuré par un cavalier au long court, Bertrand, qui nous mettra à disposition un champ immense avec des granulés et du foin à foison. C’est en définitive une étape qui procurera des soins du corps de l’âme à tous. Nous avons eu une petite frayeur car Brubru a commencé à perdre du poil sur le dos, nous redoutions une nouvelle dermatophilose. Heureusement, ce problème s’est résorbé assez vite, grâce aux soins intenses procurés par Kathleen.

Cette halte de trois jours nous permet de reprendre notre itinéraire reposés et de nous engouffrer dans le parc régional naturel du Morvan. Nous redoutions le froid et la neige. Finalement, au départ le temps sera assez clément et nous permettra de bivouaquer à nouveau dans de verts pâturages. Ah! Que dire du Morvan?! Parsemé de collines et de forêts, le paysage qu’offre ce parc est à couper le souffle. Très vite cependant, des flocons vont s’inviter à la fête lorsque nous arriverons à l’abbaye de la Pierre qui Vire. Le vent et la glace nous fouettent littéralement le visage. Ce ne sera pas l’abbaye qui nous ouvrira ses portes à cause du Covid mais un fermier produisant de délicieux fromages de vache 900 interminables mètres plus loin. Celui-ci nous invite à nous installer dans une ancienne chèvrerie. Nous dormons au sec à l’abri de la tempête sur nos tapis. L’odeur des chèvres engloutira celles des chevaux et de nos corps, notamment celle insurmontable de mes pieds mouillés.

Au petit matin, après une nuit très froide, le petit Mathéo, fils de l’un des ouvriers, vient nous voir et nous raconte du haut de ses neuf ans son ambition : il rêve de partir s’installer « plus tard » aux Etats-Unis ou en Australie et d’y créer une exploitation agricole. Car figurez-vous que le petit Mathéo souhaite avoir des exploitations énormes. Et oui! L’une des particularités du Morvan est qu’une législation stricte s’impose à lui en matière de pâturages. Ceux-ci sont relativement petits car le bocage est préservé. C’est un fait qui n’a que des points positifs, hormis le fait que ses petites haies forcent les fermiers du coin à avoir de « petites » parcelles. Et le petit Mathéo il aime pas ça! Le petit Mathéo, il veut du rendement! Cela nous fait sourire. 

La reprise est rude. Il fait froid et nous sommes lessivés. Mais Kathleen illumine le voyage. Pour une seconde fois, elle entre en contact en catimini avec mes parents pour que ceux-ci – revenant depuis Paris vers Lyon – s’arrêtent en cours de route pour un déjeuner. Dans leur panier ils nous ramènent du vin chaud, du saucisson ET le grand frère que je n’avais pas vu depuis plusieurs mois. Nous repartons boostés vers Saulieu. A cause du Covid Bernard Loiseau ne nous recevra malheureusement pas. Enfin, il est très probable que si Covid il n’y avait pas eu, nos portefeuilles auraient refusé que nous nous y rendions.

Il commence à faire froid, très froid, super froid (-10). Nous prions pour que l’habitant nous ouvre ses portes. Nos voeux sont exhaussés. Au Mont Saint Jean nous profiterons d’un immense gîte aux pieds d’une forteresse. Pour la première fois de ma vie, je dors sous un édredon. Bonheur. Nuage Kinder. Extase.

Les températures ne nous permettent plus de continuer à éternellement compter sur notre bonne étoile et d’arriver à l’improviste dans un village demander l’asile. Nous devons nous organiser. Kathleen lance un mayday sur les réseaux : « Bonjour, pouvez-vous nous accueillir sur la route de Dijon? ». Explosion des réseaux, les satellites sont en surchauffe, les algorithmes et lignes intercontinentales encore plus : le SOS est reçu et relayé par des milliers de personnes. Les propositions d’hébergement pleuvent, la chaîne de solidarité créée est hallucinante, il n’y pas d’autre mot.

Cette chaîne nous permet de reprendre le voyage en toute quiétude et d’établir une feuille de route jusqu’à Pouilly-en-Auxois. Un vigneron nous offre – pour changer! – une bouteille d’un vin blanc pétillant que nous nous empressons de boire à la pause midi pour nous réchauffer. Nous repartons en chantant. Mais le froid est là, il persiste. Nos nez coulent sans cesse. Comme nous dit un fermier que nous croisons sur la route : « ça coule comme une fontaine, on peut en boire des litres ».

L’arrivée à Chateauneuf sera ssssssplendide. La veille ce sera le camping du lac de Panthier, en principe fermé, qui nous accueillera – je précise pour la dernière fois que du vin délicieux nous est offert, afin que le lecteur ne pense pas que nous faisons un voyage oenologique seulement. Nos chevaux se reposent dans la ferme de Nénesse. Après un copieux petit déjeuner, sous un déluge de pains au chocolat et un tsunami de café, nous reprenons l’ascension du mont où se dresse la magnifique forteresse de Chateauneuf, datant du XIII. Nous cavalons chasser le burgonde qui est de mèche avec l’anglais pour rejoindre Thierry la fronde et ses compagnons. Le galop nous réchauffe. Les forêts défilent. Une abbaye cistercienne nous accueillera pour le déjeuner.

Sans s’attarder plus de trente minutes nous sautons en croupe et filons au coeur d’une forêt rejoindre la maison du bonheur de Marie-Chant’ et de ses copains. La maison porte très bien son nom. S’y réunie constamment une belle bande de potes.

Le lendemain, départ à -9 mais en ressenti -15, la bise ne fait pas de cadeaux. Nous grelotons. La morve des chevaux gèle, les mousquetons des rênes se fixent aux mors. Nous soufflons sur le bazar afin de décongeler tout ça. Ça marche. Ouf! Sous la neige nous passons la seconde pour arriver sur un plateau encore plus froid, celui surplombant Dijon, aux pieds du mont Carmel, face au mont d’Afrique, nous sommes hébergés chez Françoise. L’avancée fut rude. A la fête de la souffrance s’invite un dénivelé impressionnant. Nous suivons le tracé établi par le comité alpin, le CAF. Ça monte et ça descend sans cesse. Et sous les pattes des chevaux, un chemin couvert de glace. Ça patine. Ça râle. Ça douille. Mais Françoise nous sauve. Elle nous prend sous son aile et fait appel à Ghislain, un de ses amis vignerons, qui nous rapporte fourrage et orge pour que les pépères puissent festoyer après une telle épreuve. Françoise est passionnante. Après une carrière dans le pétrole, elle s’est reconvertie dans la géologie pour les viticulteurs. C’est quand même meilleur au goût. Notre hôte nous apprend des tas de choses, et entre autre l’histoire du kir, apéritif traditionnel de la cuisine bourguignonne, à base de crème de cassis et de vin blanc bourgogne aligoté, baptisé de son nom par le chanoine et homme politique Félix Kir, autrefois maire de Dijon. Françoise est en outre extrêmement généreuse. Nos chevaux resteront chez elle durant le week-end, ce qui nous permettra de visiter Dijon et de voir les copains. A nouveau Kathleen me fait la surprise d’inviter plusieurs amis.

Il faut peut-être revenir un peu en arrière et expliquer pourquoi nous nous sommes dirigés vers Dijon. Si à l’origine nous devions filer tout droit vers Lyon, nous avons pris la décision de foncer sur l’Allemagne afin de gagner le temps perdu. Mais Kathleen a eu la lueur d’esprit de se pencher sur la situation au niveau des frontières de nos chers voisins et a constaté que celles-ci étaient fermées. A Dijon, nous avons donc repris la direction de Lyon.

Après la visite de la capitale internationale de la moutarde, c’est la route des grands crus que nous avons empruntée. Les bivouacs ont repris de plus belle. L’un des plus mémorables est celui de Comblanchien où nous avons investi une maison « abandonnée » au milieu du village. Sous la bénédiction de ses habitants, nous avons escaladé les murs du jardin pour en ouvrir le grand portail et s’y faufiler. Les chevaux dans le parc et nous dans la maison. Entourés par des caves nous avons pu en déguster les produits tandis que les voisins nous offraient des madeleines maison. Pas besoin de préciser que la nuit fut excellente.