Carnet de voyage

Ain, deux, trois : Isère !

À Régnié-Durette nous en avons profité pour bouchonner nos chevaux. Hé oui ! Comme chacun sait, le cheval est la part la plus importante du chevalier et qui veut aller loin ménage sa monture. Cette pause permettra à un maréchal ferrant fort comme un cheval de chausser nos dadas d’une nouvelle ferrure (il est d’ailleurs intéressant de noter que le cheval est le seul animal dans lequel on peut planter des clous). Ce sujet constitue le cheval de bataille de nombreuses personnes nous demandant comment nous faisons pour trouver des maréchaux ferrants. Selon elles, ceux-ci ne se trouvent pas sous les sabots d’un cheval. Et bien si ! À ce titre, il faut souligner que des maréchaux ferrants auxquels nous avons fait appel, aucun ne fut un mauvais cheval ! Mais revenons-en à nos chevaux. A la fin de cette étape donc, nous redémarrons notre 2 chevaux pour nous rendre à Belleville-en-Beaujolais, ville à cheval sur les départements du Rhône et de Saône-et-Loire. 

Ah ! Qu’il est bon de cavaler le long de la Saône ! L’air du paradis est celui qui souffle entre les oreilles d’un cheval. Notre chevauchée nous mène chez Coralie. Très à cheval sur l’hospitalité, celle-ci pourtant absente de chez elle nous donne accès à son logement et couvre nos équidés de nourriture et de bonbons.

Reposés, nous remettons le pied à l’étrier et arrivons à Ars. Un pique-nique avec deux afghanes et une sœur loin d’avoir les deux pieds dans le même sabot s’improvise. Elles montent à cheval pour la première fois, elles rayonnent.

Notre équipe de boute-en-trains entre ensuite dans les Dombes. Les Dombes c’est (presque) comme la Camargue : des marais et des oiseaux migrateurs (cigognes, hérons, etc) mais sans chevaux, ni la même végétation. Heike nous accueille dans son paradis équestre. Son dada à elle, c’est le poney Huçul. Pour la petite histoire, Heike et sa famille sont, par le plus grand des hasards, tombés amoureux de cette race de bourrins. Il est primordial d’ouvrir ici une parenthèse – d’aucuns diront « j’en parlerai à mon cheval », mais nous, cela nous a émerveillés. Heike a réussi à réintroduire ce poney des Carpates en France. Très rustique, ce destrier vit dans les montagnes et était inconnu jusqu’à il y a peu encore !
Après une nuit au chaud dont nous avons profité pour faire sécher nos culottes de cheval et Kathleen pour recoiffer sa queue de cheval, Heike et ses cavalières nous accompagnent pour un petit bout de chemin. Le lien que Heike a tissé avec ses Huçuls nous démontre une fois encore à quel point l’équitation est la plus noble expression de l’art d’être centaure.

Notre arrivée à Pérouges, un des plus beaux villages de France, a une allure chevaleresque : nous traversons ce petit joyaux médiéval vide. Un fermier nous prête son champ, nous mettons de côté le luxe des nuits au chaud, mais un champ c’est mieux que rien, à cheval donné, on ne regarde pas la bride.

Notre étape en France s’achève sur le plateau Iserois dont le gravissement nous permet de lâcher la bride à nos chevaux chez les parents de Grégoire. En terminant notre diagonale du bonheur sans catastrophe, nous avons gagné nos éperons. Ainsi, nous sommes présents pour fêter la maslenitsa, ou la semaine des « blinis » : avalanche de blinis, caviar, hareng, crème fraîche, vodka et cornichons, un remède de cheval en somme pour se remettre de cette épopée. Car oui, nos chevaux ont maigri. Certes, ce n’était pas la mort du petit cheval, mais cette halte était plus que bienvenue.

En tout cas ce qui est sûr – sans vouloir monter sur nos grands chevaux – c’est qu’à priori nous n’avons pas misé sur les mauvais chevaux. Si certains considèrent que ceux-ci ne sont pas adaptés pour ce genre de périple, pour nous ils le sont, et puis, entre nous, il en est des hommes comme des chevaux, ceux qui piaffent le plus sont en général ceux qui avancent le moins. Bien sûr, ils ont leurs petits soucis, comme l’âge ou encore la taille, qui font que d’autres quadrupèdes auraient été plus « prometteurs ». Mais pour rien au monde nous ne voudrions nous en séparer, d’autant plus qu’il ne faut pas changer de cheval au milieu de la rivière. Et puis, honnêtement, trouver le canasson parfait est impossible, qui veut un cheval sans défaut doit aller à pied.

Hippiquement vôtres.

Laisser un commentaire