Carnet de voyage

(Petit) guide d’un (petit) bout de la Slovénie à cheval

Après 10 heures de camion, 2 frontières, 1 heure de sommeil, 4 pauses, 10 carottes, 2 filets à foin, 2 cafés, nous déchargeons en Slovénie, à Nova Gorica. C’est le début de l’aventure, la fin des repères familiaux et linguistiques. Petite boule au ventre lorsque le papa de Grisha s’en va direction la maison, le bercail, le nid douillet.

Bienvenue dans un pays dont nous ne connaissons rien. Toutefois, après quelques jours passés sur son sol à cheval, voici ce que nous pouvons vous en conter – bien sûr, la liste ci-dessous n’est pas exhaustive, mais elle vous permettra de vous faire une petite idée d’une traversée à cheval d’Ouest en Est, de Nova Gorica à Spicnic.

La Slovénie c’est quoi?

Environnement

2% de l’eau douce et de la faune et de la flore terrestres (alors que son territoire n’occupe que 0,004 % de la surface du globe!). Ici ce n’est pas la ville qui laisse de la place à la forêt, mais l’inverse. La majorité des publicités pour les 4X4 sont tournées dans ce pays, et pour cause ! De magnifiques sapins géants encadrent les chemins et routes en lacet des montagnes. Ces arbres donnent l’impression d’être de minuscules fourmis dans cet espace végétal si dense.

La Slovénie est appelée à juste titre la Suisse des balkans. C’est un pays montagneux. En conséquence, les chevaux fatiguent plus en grimpant, il faut donc avancer lentement. Mais cela vous laisse pleinement le temps de profiter du paysage. Nous marchons beaucoup à pied.

Ce pays est magnifique à chaque saison : en été, les montagnes permettent de rester au frais et les différents verts des arbres sont splendides. Au printemps, la nature est resplendissante : perce-neiges, crocus, violettes, etc. forment des tapis multicolores recouvrant des pans entiers de montagnes. En hiver, ce doit être splendide mais impraticable à cheval. En automne, profitez des couleurs flamboyantes de la forêt et des vignes.

Des centaines d’ours mais également des loups. Sur ce point-là, pas d’panique (nous n’en avons croisé aucun en passant pourtant dans la région où il y en a le plus et à la sortie de l’hiver, ils avaient donc faim) : les premiers ne sont dangereux que si vous tombez littéralement truffe-à-truffe avec eux ou sur l’un de leur petit. La dernière mort d’homme causée par un ours remonte à une trentaine d’années. En cas de « date » involontaire avec un ours : restez calmes, prenez le plus grand objet (bâton, parapluie, banane, etc.) dans les mains et agitez-le le plus haut possible en chantant doucement et sans jamais tourner le dos au nounours. S’agissant des seconds, ils ont si peur de l’homme que si vous voyez un bout de leur oreille, considérez-vous comme extrêmement chanceux et profitez du spectacle.

Population

Profitez de cet État de l’ex-Yougoslavie pour avancer à petit pas. Le voyage sera agréablement freiné par les rencontres et les questions des Slovènes.

2 millions d’habitants : tout le monde se connaît. C’est très pratique pour la logistique : dans chaque village où vous irez, les habitants pourront vous recevoir ou vous rediriger vers un membre de la famille ou une connaissance.

La liste des Slovènes qui nous tendent la main est trop longue pour l’énumérer, leur simplicité et leur spontanéité nous interloquent à chaque fois :
« Bonjour, nous cherchons un champ pour la nuit, connaissez-vous quelqu’un qui pourrait nous aider ? »
« Oui, bien sûr. Attendez là, je vais appeler mon voisin. Vous voulez une bière ? S’il ne peut pas j’appellerai un autre voisin, ou un copain. On va trouver. »

Et nous voici à siroter une bière et manger de la panceta avec nos amis d’un soir. Chaque soirée est un délice. Pas une nuit nous ne dormons dehors et heureusement car après la traversée du Beaujolais nous pensions que l’été était là ! Nous avions troqué nos vêtements chauds pour des tubes de crème solaire. Erreur ! Ici, c’est la montagne, le baromètre ne monte pas au dessus de 0 la nuit et le grand vent connu sous le nom de Burja souffle constamment ! En effet, en plus de ses vins, la vallée de la Vipava est réputée pour être la région la plus venteuse de Slovénie, ce vent soufflant parfois jusqu’à 240 km/h. Ça décoiffe !

Pour s’immerger totalement ou presque dans le pays, il faut parler un peu la langue. Nous nous en sommes sortis en baragouinant un mélange de russo-germano-slovène. Voici la liste non exhaustive mais indispensable des quelques mots que l’on a appris :
Xvala : Merci ;
Salut : Zivijo ;
Je vous en prie : Prosim ;
Bonjour/Bonsoir : Dobro jutro/dober dan/dober večer ;
Bon appétit : Dober tek ;
De rien : Ni za kaj ;
Santé ! : Na zdravje !

Traditions culinaires

La Slovénie est le pays du cochon. Ici, à peu près chaque maison élève un ou plusieurs porcs. Cela permet à leur propriétaire d’être autonome en saucisson, saucisse et jambon jusqu’au printemps ! C’est surtout le plat principal pour Pâques !

Le salage permet de garder toute cette viande jusqu’au printemps. C’est en bord de mer, à Piran, que les paludiers amassent le sel – selon un procédé vieux de 700 ans – permettant ainsi au reste du pays de faire perdurer les pratiques ancestrales du salage et du séchage de la viande. Goûtez le jambon cru, la pancetta et le cou de porc du Karst ainsi préparés ! A Vrhnika, Matejka et Janko nous couvrent d’une avalanche de charcuterie. Nous repartirons avec 5 kg de viande (au petit matin la clôture des chevaux est à terre et Brutus à l’extérieur. Ils broutent tranquillement comme si de rien n’était. Ouf !).

Côté Méditerranée vous pourrez vous régaler de poissons, poulpes et crustacés en tout genre !

Goûtez aux différentes « Potica » : aux noix, au pavot, au fromage type cheesecake, etc.

Trempez vos lèvres dans la délicieuse soupe « Repa« . Un potage à base de navets et d’oignons. Une dinguerie ! Surtout lorsqu’on vous la sert au petit déjeuner avec du snops !

Le vin slovène est également renommé mais il faut avouer que nous avons plutôt gouté à toutes sortes de « šnops » qu’aux vins.

Équitation

Restaurez-vous dans des fermes, des ranchs ou des structures accueillant des chevaux. Les Slovènes adorent les chevaux, ils vous recevront avec plaisir. Pas une fois nous n’avons eu à payer un logement… En outre, nous avons eu la chance de donner des granulés à nos petits matin et soir tous les jours.

Grâce à cet accueil, vous pourrez constamment prendre soin de vos petits copains aux quatre pattes : graisser leurs sabots et vos cuirs, réparer ce qui doit l’être, etc.

Côté ferrage : chaque village à son maréchal-ferrant. Pas besoin de prendre avec soit le lourd matériel nécessaire au ferrage. Tous les 10 km vous trouverez une personne sachant manier le marteau et le sabot à merveille.

Dans le ranch de Niko, avec Kan, nous découvrons le cheval slovène, très rustique et au sang froid. Nous avons la chance de pouvoir aller en nourrir certains perchés dans leur montagne. C’est impressionnant : en 20 km nous perdons 10 degrés et gagnons 20 cm de neige. Les chevaux sont nourris exclusivement au foin que Niko fait tomber de son grenier directement dans leur râtelier. Astucieux !

Après un copieux petit-déjeuner slovène et quelques heures de marche, nous arrivons à Podkraj sur les conseils de Niko et
débarquons chez Andrei qui n’a pas été prévenu de notre arrivée. C’est donc Dushan, le voisin et ses parents qui nous hébergent pendant que nos chevaux dorment au chaud dans un grand box dont sont expropriés pour la nuit les dadas slovènes. Les parents de Dushan âgés d’environ 80 ans sont adorables, nous jouent de l’accordéon, chantent et offrent à Kathleen un bandeau tricoté à la main pour son anniversaire approchant.

Une fois n’est pas coutume, le destin nous mène au Ranc pr’ Osolet de Sandi : tour en calèche menée par des frisons, nuit au chaud sur le foin, nous rions en nous disant que notre bonne étoile va finir par s’épuiser. Nous dormons si bien lorsque les chevaux sont choyés et dans un enclos qui ne risque pas de s’envoler.

Plus très loin de la frontière, nous tombons nez à nez avec Rudi, propriétaire d’une dizaine de chevaux. Il nous propose de rester 3 jours chez lui avec sa femme Annita et leurs adorables petits enfants Alex et Nikka. Nous établissons nos quartier dans une petite caravane chauffée, déjeunons et dînons avec cette famille si généreuse.

Nous faisons la connaissance Karin et Nejc qui travaillent dans un ranch plus loin. Tout deux passionnés d’endurance, ils nous parlent de cette pratique et de leur race favorite : le cheval arabe.
Nous repartons le cœur serré mais reposés. Les chevaux sont comme sur des ressorts. La neige et le froid sont revenus pour quelques temps mais nous réussissons tous les jours à trouver un box pour mettre nos petits au chaud.

Comment remercier Danilo et Cvetka, qui nous ont construit un box en 10 minutes car ils ne voulaient pas que Brutus et Amoer dorment dehors ? Le lendemain ils se démènent pour nous trouver une maison où passer la nuit. C’est chez leur ami d’enfance Drago, sa femme et leur fils Jurij que nous trouverons refuge. Jurij nous joue des musiques traditionnelles à l’accordéon pendant que nous dégustons de la panceta et du vin maison.

Tourisme

Et comme Grisha a des amis aux quatre coins du monde, c’est chez Pauline et Adrian, à Ig à 5 km de Ljubljana, que nous faisons une halte de 2 jours.
Adrian, amoureux de la Slovenie, s’improvise guide touristique pour une journée. Au menu :
Gorges de Vintgar au cœur d’une nature intacte dans le Parc national du Triglav ; Pokljuka, un des plateaux les plus célèbres de Slovénie, accueillant des championnats mondiaux de biathlon ; Traversée de la région montagneuse avec ses petites maisons de berger ; La fameuse île de Bled et son église ; Le lac Bohinj et son eau translucide ; Puis changement total d’ambiance : cyprès, oliviers, coquillages et crustacés à Piran, petite ville italienne avec son campanile en bord de mer situé entre la Croatie et l’Italie.
En une journée, il est possible de profiter de l’eau sous toutes ses formes : fouler le sol enneigé des montagnes puis, 45 minutes plus tard, tremper ses pieds dans l’eau en bord de mer. Avouons-le, ce n’est pas pour nous déplaire !

Lorsque nous repartons, nous avons 3 jours de temps très chaud et sec. À défaut de trouver l’endroit parfait pour quelques jours de halte, nous faisons de toutes petites journées. Une nuit près du Smartinsko jezero, un lac situé non loin de Celje nous requinque. C’est l’endroit idéal pour faire trempette dans un lac magnifique sous les yeux émerveillés des promeneurs.

Dans la région des vins au nord de la Slovénie à quelques mètres seulement de la frontière autrichienne rendez- vous à « the heart-shape road », route en forme de coeur créée pour attirer les touristes amoureux. Nous aurons la chance, après une drôle de journée pleine de rencontres dont celle d’un adorable vigneron qui nous offre de l’eau pour les chevaux et une bouteille de délicieux vin blanc, d’y planter notre tente.

Architecture

Au sommet de chaque colline et montagne trône une église blanche. C’est magnifique ! Également, lorgnez ces structures en bois appelées kozolec dédiées au séchage du foin. Les kozolecs sont le plus souvent de simples files de poteaux supportant des tasseaux horizontaux, mais ils peuvent aussi prendre la forme de petits bâtiments, on parle alors de toplar. Nous avons la délicieuse chance de passer une nuit perchés dans un toplar avec vue sur les montagnes : un vrai petit nid.

Surprise le lendemain, un chiot que nous baptisons « Logatec » nous suivra malgré nous et sera notre compagnon jusqu’au soir, jusqu’à ce que son propriétaire le retrouve et nous passe un savon. Il fait très chaud. Nous traversons un épisode un peu dangereux dans les montagnes, cris, peur, descente un peu abrupte, demi-tour, quelques kilomètres plus tard nous plantons la tente épuisés tous les quatre mais subjugués par le coucher de soleil qui s’offre à nous.

Coutumes

Dans la plupart des villages, nous apercevons devant les maisons des sapins tondus atteignant parfois plus de 10 mètres de haut avec un panneau de circulation indiquant 20, 30, 40, etc. Il ne s’agit pas de limitation de vitesse mais de l’anniversaire fêté récemment par leur heureux propriétaire. La tradition veut que chaque personne entrant dans une nouvelle décennie le fasse savoir à tout le village pour que tous puissent venir lever le coude avec l’élu du jour.

Pour Pâques, les Slovènes peignent des œufs et appellent cet événement fêtant la résurrection du Christ : « Velikoya notch » (la nuit majestueuse). Nous aurons la chance de la fêter avec Rudi et sa famille.

Sécurité

La Slovénie est un pays sûr, à tel point que les Slovènes laissent leurs voitures ouvertes et oublient les clefs sur les portes de leurs maisons !

Première et dernière mauvaise surprise : une nuit nous sommes réveillés par des inconnus entrés dans l’enclos des chevaux. Nous hurlons, ils partent en courant. Cela a duré quelques secondes. Ils ne reviendront pas mais nous ne nous rendormirons pas de si tôt. Heureusement nous venions de finir une bouteille de vin qui a servi d’arme dissuasive à Grégoire.

Applications utiles

Météo : Triglav Vreme ;

Carte : Outdooractive (cette application trace d’elle même votre itinéraire à cheval d’un point donné à un autre : vous suivrez des GR et à 95% des cas c’est praticable).

La Slovénie est parfaite pour un voyage à cheval : l’agriculture et l’élevage, loin d’être intensifs, permettent de marcher presque partout dans l’herbe. Il existe également des centaines de chemins dans les bois. C’est magnifique.

Traversée des frontières, option Covid

Les 4 derniers soirs ne peuvent être oubliés : chez des hôtes différents, nous nous réunirons dans les caves où, entre les saucissons et les bouteilles, ils appelleront leurs amis ici ou là pour que nous puissions passer la frontière cachés et en toute quiétude. Sur leurs conseils, nous établirons une feuille de route à travers des petits chemins. Ces  derniers soirs auront vraiment l’allure de conseils de la Résistance.

Nous traversons la frontière par une toute petite route. Aucun policier, militaire ou contrôle en vue. Seuls les poteaux de démarcation au sol et les plaques d’immatriculation ayant changé nous rappellent que nous avons traversé la frontière.

Nous continuons notre chemin à travers les vignes. Au revoir Slovenia, srecno !

2 commentaires

  1. Magnifique !! Je me verrais bien y vivre moi en Slovénie ! Je prends tout même le snaps 🤓

  2. Ludivine a dit :

    Très sympa cet article! Ça donne envie !

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